vendredi 6 janvier 2012

REDLINE de TAKESHI KOIKE (2010)


REDLINE de TAKESHI KOIKE (2010)

(REDLINE est disponible en France chez l'excellent éditeur KAZE en dvd et en Blu ray. Je vous conseille fortement de faire l'expérience du film de Takeshi Koike en haute définition afin d'apprécier à sa juste valeur le travail gigantesque abattu par les animateurs et l'équipe du film!) 

Dans un futur proche, malgré le fait que la technologie permette aujourd'hui aux véhicules de voler, des fous du volant embarqués à bord de bolides traditionnels continuent de s'affronter dans des courses infernales et clandestines où tous les coups sont permis totalement interdites par le gouvernement.

C'est le cas de JP, un pilote qui  au contraire des autres refuse obstinément d'avoir recours à des méthodes frauduleuses et agressives pour gagner, préférant concourir à la régulière dans les règles de l'art.

Non seulement cette ligne de conduite lui complique énormément la tâche et lui vaut même le sobriquet de "gentil JP", ses adversaires eux n'hésitant pas à surarmer leurs bolides, mais il conduit de plus à son insu un véhicule trafiqué par son coéquipier également mécano qui fricote dans son dos avec la mafia afin de truquer les courses dans le but de faire monter les enjeux des paris.

Il va bientôt faire la connaissance d'une jolie pilote, Sonoshee, dont il va tomber amoureux, prête à tout pour remporter les épreuves et qui partage comme lui une certaine vision similaire de ce sport extrême, et va bientôt participer à la course ultime la plus mythique de la galaxie : la REDLINE!


Sept ans, il aura fallu sept longues années de dur labeur pour que REDLINE voit le jour sous l'impulsion d'un des maîtres de l'animation les plus fous et révolutionnaires du genre Takeshi Koike (à qui l'on doit l'épisode RECORD DU MONDE dans ANIMATRIX, la séquence animée démentielle de KILL BILL ou encore la série AFRO SAMOURAÏ) et de l'inventif et anticonformiste Katsuhito Ishii (PARTY 7 et TRAVA).

Attendu comme la venue du Messie sur terre par les fans d'animation, REDLINE aura su susciter tous les fantasmes, annoncé lors de son développement comme le renouveau de l'animation japonaise par le studio mythique MADHOUSE, comme étant la prochaine étape de ce mode d'expression encore aujourd'hui trop sujet à des a priori en Occident par les détracteurs du format, une sorte de projet ultime précurseur représentatif de ce que le pays du Soleil Levant va nous livrer dans les dix voire les vingt prochaines années. C'est dire si les enjeux dépassent allégrement la simple envie des intervenants de REDLINE de divertir le spectateur!

Autant mettre fin au suspense immédiatement, d'un point de vue général REDLINE s'avère effectivement être une des expériences animées visuelles les plus hallucinantes et hallucinées jamais vues depuis longtemps sur grand écran, un sommet du genre qui dépasse même à ce niveau toute les attentes des férus d'animation comme promis par le studio... Oui mais malheureusement si la forme est effectivement révolutionnaire le fond en revanche souffre de beaucoup trop de défauts symptomatiques de l'industrie japonaise actuelle. Explications!


Visuellement donc, REDLINE s'offre une qualité d'animation hors norme, une mise en forme exceptionnellement sublime, chaque plan du film fourmillant de détails qui confine à la folie pure, à l'obsession de la part des artistes ayant oeuvré sur le film de démontrer leur envie de dépasser les limites du format de ce mode d'expression, d'exploser son cadre réducteur trop étriqué pour afficher et magnifier la richesse du monde dépeinte ici de manière ébouriffante dans le soin d'offrir aux spectateurs ce qui a été promis : une expérience unique en son genre, une montée crescendo perpétuelle plan après plan de vouloir aller plus haut et plus loin dans cette représentation de l'imitation de la vie qui plus est appliquée à un univers fantastique inventif faisant la part belle aux créatures bigarrées au design extrêmement travaillé et à la crédibilité tangible.

Dès son début détonnant montrant une de ces fameuses courses sans limite sur le dangereux circuit escarpé de Yellowline, les véhicules affichent une mise en valeur proprement fascinante, détaillés jusque dans leurs moindres rouages, sublimés par une mise en couleur et des textures magnifiant chaque carrosserie, chaque boulon et piston, la sensation de vitesse étant de plus retranscrite avec fureur et extase à l'écran, les limites physiques des matériaux étant littéralement déformées et dilatées à l'extrême afin de susciter un maximum de sensations signifiant une vélocité hors norme explosant les limites du concevable et du raisonnable, le rendu des course-poursuites infernales exaltant la rétine à chaque image, ces dernières défilant à une vitesse vertigineuses et proprement hallucinatoires, à la limite de l'abstraction totale.

Il suffit de quelques minutes pour se retrouver happé par cette mise en scène et ce découpage des plans aussi syncopé que survolté, à l'exercice de style souhaitant constamment aller plus loin d'un plan à l'autre, et forcément qui laissera sur le bord de la route une partie du public qui risque de se retrouver noyé et saturé par ce tourbillon incessant de couleurs et cette représentation sous LSD de la vitesse pure déraisonnable qui exacerbe le besoin inhérent de ces pilotes sans peur de défier les lois de la gravité elle-même, dans le but inavoué de tendre à la liberté totale dans un dépassement de soi quasi-spirituel.


Inutile de dire que le fait que l'animation est ici faite uniquement "à la main" rajoute forcément une certaine fascination supplémentaire pour le résultat exceptionnel de cette expérience presque trop riche pour être perçue et intégrée par la perception normale du commun des spectateurs, et participe grandement à nous laisser la mâchoire ouverte devant ce tour de force artistique hors du commun et proprement surhumain .

De ce point de vue, il est impossible de ne pas succomber à REDLINE tant le travail abattu suscite l'admiration constante, surtout pour le connaisseur qui ici se retrouve à dénombrer la multitude de détails affichés et animés traditionnellement à l'image, forcément ébloui et subjugué par ce soin irréprochable et effectivement révolutionnaire annoncé par ce projet fou furieux qui plus est appuyé par une bande sonore explosive, chaque vrombissement de moteur participant également à amplifier les sensations fortes et à prodiguer une expérience sensitive intensément surréaliste... Oui, mais ô désespoir il y a un mais, et de taille!

C'est malheureusement au détriment du fond ouvertement sacrifié que la forme a été largement privilégiée, un constat de plus en plus représentatif de la direction que l'industrie de l'animation japonaise prend depuis sa démocratisation à la fin des années 90, que le genre s'est ouvert au marché international, un symptôme latent qui se met de plus en plus à contaminer les créatifs nippons les plus prestigieux désireux d'exporter leurs œuvres (pas forcément uniquement dans ce domaine par ailleurs mais également dans celui des jeux vidéo et même du cinéma traditionnel) dans cette envie de toucher un public plus large en faisant de l'œil à l'Occident en créant des personnages de plus en plus facilement identifiables par ce public et reflétant les goûts de ces marchés extérieurs, perdant de ce fait au passage leur identité japonaise si particulière qui octroyait un charme infiniment plus dépaysant voire "exotique" aux œuvres Japonaises.


C'est le cas ici dans le traitement des personnages principaux, à commencer par son héros JP, physiquement sorte de rocker arborant une banane qui rendrait fou de jalousie Fonzie de HAPPY DAYS! Ce personnage à la droiture exemplaire (surnommé littéralement JP le gentil pour bien nous le faire comprendre!) affiche une classe qui renvoit à l'imagerie des héros américains des années 50, un look de bad boy censé être excentrique et borderline certes loin des standards graphiques propres à l'animation japonaise mais finalement bien trop formel pour nous occidentaux, presque trop caricatural même jusque dans sa dégaine, ses postures et son attitude "à la cool".

Il en va de même pour Sonoshee, une jeune femme également pilote chevronnée au caractère bien trempé dont JP s'est évidement amouraché, et qui si elle affiche bien des signes extérieurs physiques typiques de l'imagerie "Manga" (des cheveux verts, des grands yeux etc etc...) n'en reste pas moins une héroïne aux formes sexy et à l'attitude désinhibée plus proche des canons occidentaux. Ce design et cet aspect visuel ne serait pas si handicapant (d'autres anime utilisent une codification occidentale avec beaucoup d'invention comme COWBOY BEBOP par exemple) si concernant leur émotion et leur relation les protagonistes ne se comportaient pas de façon aussi linéaire, à la limite du binaire le tout étant beaucoup trop ramené à des enjeux d'une simplicité trop naïve (on se croirait presque dans la logique amoureuse de GREASE!!!)

On peut aussi s'étonner d'un autre détail plutôt surprenant et incongru : REDLINE, s'il fait entre autre référence à des jeux vidéo comme F-ZERO ou WIPE OUT, semble surtout être très influencé par la logique narrative et visuelle particulière de SPEED RACER (le film live des frères Wachowskis et non l'anime d'origine japonaise dont ce dernier est tiré) les deux métrages partageant de trop nombreux points communs qui dépassent les simples coïncidences (Un héros au cœur pur face aux manigances d'un système corrompu, une amourette liée aux sensations même procurées lors des courses, une envie de gagner la course dans le respect des règles) copier-coller jusque dans leur retranscription survoltée et sublimée du rendu de la vitesse... Un comble de voir qu'un anime japonais s'inspire d'un film live américain tiré lui-même à la base d'un anime japonais!


Si la diversité visuelle est bien présente pour représenter la population extraterrestres diverse et variée, les psychologies des personnages secondaires, elles, de manière générale sont trop effleurées empêchant que l'on s'attache durablement, ces derniers n'étant pas assez développés à l'écran malgré des présentations (trop) longues de chaque intervenant mais ennuyeuses et bavardes. On touche alors au vrai problème du film, celui de la narration bordélique multipliant les sous-intrigues auxquelles il est difficile de s'intéresser, du développement de sa trame principale parsemée de trop d'éléments inutiles (un side kick qui magouille avec la mafia, une arme biologique lâchée en pleine course par le gouvernement qui sème la destruction) et dont les enjeux dramatiques sont d'ailleurs expédiés en deux temps trois mouvements voire parfois carrément abandonnés en cour de route sans plus d'explications.

Forcément au milieu de ce déferlement d'images éblouissantes cela fait tache et déçoit profondément, même si l'expérience reste si unique en son genre qu'on finit (une fois ce constat fait et digéré) par adhérer au métrage de Takeshi Koike, qui reste quoi qu'il en soit une œuvre aux excès jubilatoires visuels ultra-jouissive et nous laisse irrémédiablement marqués par cette idée touchante de voir les deux héros souhaitant simplement via ces courses dépasser les interdits, les limites humaines sportives et quasi-spirituelles afin d'atteindre un état d'apesanteur où ils deviennent intouchables en franchissant la ligne d'arrivée symbolique, atteignant alors la liberté dans son sens le plus pur et le plus noble du terme, dans un état transi proche de l'orgasme et survolté par l'extase suprême qui en découle en cet instant T.

Finalement et quelque part, on  peut y voir la métaphore de la démarche initiée par les artisans de REDLINE qui à l'image de ces coureurs exaltés souhaitent dépasser les règles que leur monde et leur domaine leur impose! À ce niveau, le pari est largement gagné et mérite le détour à pleine vitesse!

NOTE GLOBALE : 15/20

DÉDICACE À NICOLAS MOREIRA ET CÉDRIC CHEYSSAC, DEUX ARTISTES TALENTUEUX QUI ME FONT RÊVER À TRAVERS LEURS DESSINS ET LEUR IMAGINAIRE DÉBORDANT!

Luke Iron Mars

lundi 2 janvier 2012

ZATHURA de JON FAVREAU (2005)


ZATHURA de JON FAVREAU (2005)

Danny (Jonah Bobo) âgé de 6 ans et son frère Walter (Josh Hutcherson), 10 ans, ne cessent de se chamailler et de vivre dans la rivalité, tentant constamment de s'accaparer l'attention de leur père (Tim Robbins) très occupé par son travail et qui a bien du mal à gérer le tempérament de ses deux fils, peu aidé de plus par sa fille Lisa (Kristen Stewart), grande sœur des deux frères ennemis, une adolescente superficielle peu intéressée par ce genre de responsabilités.

C'est après avoir été enfermé par Walter dans la cave de leur foyer que Danny va découvrir un vieux jeu de société spatial mécanisé nommé ZATHURA, qu'ils vont tous deux se mettre à y jouer malencontreusement, voir leur doux foyer se retrouver propulsé dans l'espace et faire l'expérience des règles particulières imposées : chaque lancer de dés les oblige à tirer une carte et les confronte à une épreuve qui prend vie, que ce soient des météores, un robot détraqué, un astronaute (Dax Shepard) s'invitant chez eux ou encore une attaque d'extraterrestres en manque de chair fraîche!

Une fois commencée, les règles imposent également que la partie soit terminée par ceux qui l'ont commencée jusqu'à ce qu' un gagnant soit désigné, sans cela il erreront à jamais dans l'espace....

Les deux jeunes frères vont devoir mettre leurs conflits de côté, apprendre à s'entraider afin de survivre aux différentes épreuves du jeu et mettre fin à cette partie s'ils veulent retrouver leur planète, leur père et restaurer les choses!


C'est avec beaucoup de réserve et suite à sa réédition en Blu ray que je me suis enfin décidé tardivement à visionner ZATHURA, notamment car le film ne bénéficie pas de beaucoup de popularité auprès de la communauté fantasticophile dont les membres m'ont souvent évoqué le film de Jon Favreau comme étant uniquement une resucée de JUMANJI de Joe Johnston, basée sur le même concept et utilisant le même procédé narratif.

C'est en voulant me renseigner plus en avant sur la véritable qualité de ZATHURA que je me suis rendu compte que finalement peu de cinéphiles l'avaient vraiment vu, refrénés eux-mêmes par des a priori plus ou moins légitimes concernant l'intérêt limité de cette fausse-vraie suite de JUMANJI qui plus est réalisée par un metteur en scène pas forcément réputé pour avoir une identité forte, Jon" IRON MAN" Favreau et sans grosse star au casting au contraire de son modèle qui s'offrait les services de l'excellent Robin Williams.

Grosso modo, le film est souvent vendu et taxé comme un "JUMANJI dans l'espace", et en majorité descendu en flammes par les critiques car considéré comme un copier-coller trop proche du métrage de Joe Johnston... Même si cette présentation sommaire n'est pas totalement fausse, cela reste tout de même un tort tant les deux métrages diffèrent dans leur traitement de l'histoire et leur aspect artistique, tant ZATHURA surpasse haut la main son modèle d'origine et s'avère même être une relecture nettement plus intéressante cinématographiquement!

Il ne m'en a pas fallu plus pour revoir JUMANJI en Blu ray (Qui m'a à ma grande surprise déçu alors que je considérais jusqu'alors ce dernier comme un excellent divertissement) suivi de prêt d'une projection de ZATHURA en haute définition afin de voir si tous ces on-dit s'avèrent vraiment justifiés!

Mode réhabilitation activé!


Dès les premières minutes nous sommes donc plus ou moins en terrain connu, Favreau tenant compte intelligemment de ce fait installe ses scènes d'expositions très vite (au contraire de JUMANJI qui peinait à démarrer, ce qui est compréhensible) en présentant les principaux protagonistes de l'histoire, à savoir Danny, un petit bout de chou de 6 ans, à peine plus haut que trois pommes qui vit un peu dans l'ombre de son frère aîné Walter, un garçon de 10 ans au caractère fort et dédaigneux juste-ce-qu'il-faut comme tout grand-frère qui se respecte, plutôt porté sur les activités physiques au contraire de Danny, sans oublier Lisa, stéréotype de la grande sœur adolescente en mal d'indépendance qui supporte tant bien que mal le reste de sa famille en les ignorant simplement royalement.

Les rapports fraternels sont très vite établis via des séquences de la vie courante montrant les deux frangins se disputer inlassablement, s'opposant dans des conflits perpétuels et futiles, essayant de prouver constamment que l'un vaut mieux que l'autre afin de s'accaparer l'attention de leur père divorcé qui peine à concilier vie de famille et boulot, même si malgré cette rivalité apparente ils n'en restent pas moins des frères, les liens du sang et leur place dans la cellule familiale étant également bien détourés et installés, juste ce qu'il faut pour appréhender la suite du métrage où ces traits serviront évidemment les enjeux dramatiques exacerbés en situation de crise.

On retrouve donc immédiatement les repères et les thématiques chers à l'auteur et illustrateur Chris Van Allsburg à l'origine des ouvrages pour enfants dont sont tirés JUMANJI et ZATHURA (d'où la filiation entre les deux films), qui loin des standards habituels de ce type d'œuvres destinées aux plus jeunes se sert souvent du cadre de l'enfance pour aborder et développer des éléments nettement plus matures sur les rapports difficiles liés aux conflits au sein de la cellule familiale, dans JUMANJI ceux opposant le fils et le père, ici ceux opposant les deux frères.


C'est justement suite à une rixe entre les deux frères que le petit Danny va se retrouver malgré lui dans la cave de la résidence familiale et tomber sur une boîte de ZATHURA, un jeu de société spatial à l'aspect rétro, qu'il va proposer ensuite à Walter d'y jouer et que le film va entrer de plain-pied dans sa partie ouvertement ludique et divertissante, en enchaînant à l'écran des séquences d'action plus aventuresques et spectaculaires les unes que les autres, chaque case du jeu devenant un danger potentiel réel qui va prendre vie et menacer nos deux jeunes héros, que ce soient une pluie de météorites qui dévaste le salon, une gravité altérée ou un robot détraqué devenu fou qui démolit tout sur son passage et tente de tuer le jeune Walter!

Mieux, la maison où ils vivent est littéralement projetée physiquement dans l'espace durant la partie, en plein milieu des étoiles et de la Voie Lactée, conférant au film une sensation dépaysante de huis clos intergalactique inédit, et même carrément inquiétant quant au devenir des enfants livrés à eux-mêmes et coupés du monde réel, au contraire de JUMANJI qui plantait son décor dans un environnement contemporain familier à l'échelle urbaine qui se retrouvait infesté par les créatures invoquées via le jeu.

En moins d'un quart d'heure le film installe donc solidement la trame, les règles du jeu et son fonctionnement particulier et s'offre même des éléments scénaristiques surprenants et amusants, comme le fait que la grande sœur Lisa en charge de la garde de ses jeunes frères (d'ailleurs totalement ignorante sur la situation et s'apprêtant même naïvement à un rendez-vous amoureux dans la salle de bain) se retrouve inopinément cryogénisée et transformée en statue de glace!


Cette idée ingénieuse va donner lieu à des passages pour le moins cocasses, les deux frères benjamins censés être sous sa tutelle le temps de la soirée tentant alors de la préserver vaille que vaille des divers dangers liés au jeu, se retrouvant à veiller sur elle inversant les rôles préétablis, la baby-sitter devenant celle qu'il faut alors surveiller. Une fois de plus, c'est en mettant nos jeunes héros en situation de crise au sein de leur foyer sans adulte pour les guider que les enjeux dramatiques et thématiques se développent à l'écran, ici celui de la responsabilité d'autrui, du devoir de faire face aux conséquences dont sont responsables les enfants qui n'auront pas d'autres choix pour restaurer les choses que de finir la partie avec tout ce que cela implique de dangers à affronter et de collaborations obligatoires.

On pourrait se dire à ce stade de l'histoire que l'aventure va vite atteindre ses limites, que cette suite de péripéties va vite lasser (c'était le cas dans JUMANJI qui finissait par devenir redondant), mais une fois de plus un nouvel élément va venir chambouler la donne : l'intrusion impromptue d'un nouveau personnage, un mystérieux astronaute à la dérive dans l'espace délivré via une case du jeu de son sort peu enviable et visiblement très expérimenté concernant les diverses menaces auxquelles nos héros sont confrontés.

Je ne dévoilerai pas l'identité dudit astronaute, mais ZATHURA exploite avec beaucoup plus d'intelligence l'idée déjà présente dans JUMANJI de faire intervenir un adulte qui a précédemment déjà fait l'expérience du jeu, avec beaucoup plus de légitimité narrative, sa présence étant de plus parfaitement appropriée compte tenu de son implication émotionnelle et du rôle majeur qu'il joue dans l'histoire.


Ce personnage va dans un premier temps s'affairer à aider les enfants mais va vite s'avérer être un élément clef très intéressant concernant les relations conflictuelles entre les deux frères, va interférer afin d'arrondir les angles et pousser les héros à faire les bons choix moraux, à dépasser et relativiser leurs différends et à se respecter mutuellement en tant que membre d'une famille à part entière.

ZATHURA va alors dans sa dernière partie culminer dans un savant mélange d'action décomplexée et de magie traditionnelle du genre faisant intervenir l'assaut de la maison par des extraterrestres carnivores particulièrement menaçants et mener à un dénouement sur l'importance des liens familiaux, sur le fait qu'il faut chérir ses proches et prêter attention à ce que l'on souhaite à tort parfois en faisant preuve d'égoïsme (qui n'a jamais souhaité sous l'effet de la colère que son frère ou sa sœur ne soit jamais né(e)) et faire maturer nos deux jeunes héros.

L'autre surprise du film vient de ses effets spéciaux magnifiques qui préfèrent faire la part belle aux SFX traditionnels à l'ancienne en prise de vue réelle plutôt qu'aux effets numériques (utilisés ici néanmoins çà et là avec parcimonie) que ce soit pour animer un robot devenu fou (rappelant Robby le robot de PLANÈTE INTERDITE et qui s'offre la voix de Frank Oz!), des vaisseaux spatiaux (au look qui n'est pas sans rappeler ceux de FLASH GORDON) ou encore des créatures extraterrestres voraces, les fameux Zorgons (véritables hommages visuels à celles du cultissime DARK CRYSTAL) admirablement créés et prisent en charge par l'atelier du regretté Stan Winston déjà responsable des gigantesques dinosaures de JURASSIC PARK ou encore des effets impérissables de TERMINATOR 2.


À ce sujet, l'effet le plus saisissant concerne le personnage interprété par Kristen Stewart, Lisa, qui se retrouve durant une grande partie du film cryogénisée, remplacée alors sur le plateau par une réplique exacte de glace de la belle actrice qui laisse bouche bée tant elle est criante de vérité, magnifiquement sculptée et copie en tout point conforme de son modèle de chair et de sang, presque vivante et rendant quasi-impossible, même pour un œil entraîné,  de faire la différence entre la statue et l'actrice.

L'aspect général du film gagne de ce fait énormément en chaleur en faisant de plus constamment référence aux fleurons de la culture S.F passés qui ravira les spécialistes du genre, le point de vue et les choix de Jon Favreau (éblouit par les effets et l'imagerie de la première trilogie STAR WARS) ayant de toute évidence eu un impact considérable sur l'approche globale du look de ZATHURA, le réalisateur favorisant systématiquement les maquettes à l'ancienne, les maquillages traditionnels et les effets pyrotechniques réels plutôt que de succomber à la facilité du tout numérique-sans-âme, conscient qu'il confère à son métrage en utilisant ces méthodes une patine et une ambiance qui n'est pas sans rappeler certains vieux film comme EXPLORERS ou  L'AVENTURE INTÉRIEURE.

En plus de s'offrir toutes les qualités énumérées plus haut, ZATHURA affiche de plus un casting soigné malgré l'absence de star réelle (Tim Robbins jouant le père n'apparaissant que quelques minutes à l'écran) à commencer par les interprètes de Danny et Walter, respectivement Jonah Bobo et Josh Hutcherson (déjà remarquable dans LE SECRET DE TERABITHIA où il donnait la réplique à Anna Sophia Robb) qui malgré leur jeune âge font preuve d'un talent exceptionnel et d'une véracité incontestable, Favreau (lui-même acteur rappelons-le) les utilisant intelligemment, leur laissant imprégner leur propre rythme et s'exprimer avec beaucoup de naturel et de liberté à l'écran.


Kristen Stewart (pas encore auréolée du succès de la saga TWILIGHT) vole la vedette à chacune de ses apparitions par son talent inné malgré un rôle pas forcément évident à mettre en lumière, celui d'une adolescente superficielle imbue d'elle-même et s'avère franchement hilarante à chacune de ses rares interventions (on ne connaissait pas cet aspect du jeu de la jeune femme), le personnage étant de plus cryogénisé durant la moitié du film il n'était pas facile de tirer son épingle du jeu, mais pourtant la future héroïne de TWILIGHT y parvient sans difficultés.

ZATHURA est donc un film beaucoup trop sous-estimé selon moi, nettement plus efficace et charmant que les blockbusters que l'on tente de nous vendre habituellement et presque plus réjouissant que son modèle JUMANJI (le film de Johnston a sacrément vieilli et s'avère beaucoup moins rythmé), parsemé de belles séquences à la photographie chaleureuse très belle qui plus est appuyée par des effets traditionnels épatants voire tétanisants (Lisa cryogénisée), remarquablement et honnêtement interprété, mené à un rythme extrêmement soutenu, et parcouru de thématiques intéressantes sur l'enfance malgré de nombreux défauts, dont une musique trop impersonnelle de John Debney, une réalisation qui manque cruellement d'envergure mais diablement efficace comme souvent avec Favreau et les deux dernières minutes qui concluent le film de manière beaucoup trop expéditive.

Un film à réhabiliter de toute urgence, certes destiné en premier lieu aux plus jeunes mais qui ne mérite certainement pas toutes les critiques assassines qu'il a subi, et qui est de plus maintenant disponible chez nous en Blu ray en double feature avec JUMANJI (à revoir avant pour vous rendre compte à quel point le film de Johnston a subi les affres du temps!) et qui s'offre un transfert magnifique aux couleurs pétantes (au contraire de JUMANJI malheureusement qui bénéficie d'une image catastrophique à peine supérieure à la version sortie en dvd) et est-Ô surprise- accompagné d'énormément de suppléments dont des interviews de Stan Winston sur les effets spéciaux ainsi que de l'intégralité du casting... Le tout vendu aux alentours d'à peine 15 euros!


Visuel de l'édition Blu ray Française


NOTE GLOBALE : 15/20

DÉDICACE À PHILIPPE ASTRUC ET BRUNO DUSSART

Luke Iron Mars

mardi 20 décembre 2011

MON TOP 10 DES MEILLEURES FILMS DE 2011


C'est mon constat, 2011 fût une année particulièrement riche et généreuse cinématographiquement, avec de nombreuses surprises inattendues et évidement son lot de déceptions habituelles. Je n'ai malheureusement pas pu voir tous les films et je sais pertinemment que j'ai raté des chefs-d'œuvres annoncés compte tenu des TOP 10 de mes acolytes, mais bon c'est comme ça...

Malgré un rythme de visionnage pourtant soutenu, impossible de tout voir, surtout que je fais partie de ceux qui aiment voir et revoir X fois un film que j'ai aimé!
Bref, cette année j'ai eu plus de mal que les précédentes pour établir ma sélection, notamment parce que j'ai vécu une année cinématographique personnelle extrêmement intense, rendant mes choix difficiles à arrêter.

Mon TOP 10 tient compte des films sortis cette année en France ou produits en 2011 lorsqu'il s'agit d'inédits chez nous, ne vous étonnez donc pas de trouver des films édités l'année dernière mais sortis chez nous uniquement cette année (comme I SAW THE DEVIL par exemple), je ne les avais pas mis en 2010 en connaissance de cause.

Enfin, et c'est le plus important, gardez en tête que ce TOP 10 est uniquement le mien, basé sur mon plaisir de spectateur personnel, avec l'envie de le partager comme le veux la tradition de notre petite communauté, et qu'il ne représente bien évidemment aucunement les goûts des autres cinéphiles, critiques, spectateurs mais seulement des miens avec tout ce que cela implique.


BONNE LECTURE À TOUS!

NUMÉRO 1 : LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS de SAVERIO COSTENZO



Premier et de très loin, le film de Saverio Costenzo m'a marqué et bouleversé à vie et est de plus dans mon top 3 de mes 10 films préférés de tous les temps...

NUMÉRO 2 : THE WOMAN de LUCKY McKEE


Un choc total, le retour en force de Lucky McKee, un film aussi brutal que thématiquement puissant. Ma critique sera mise en ligne en début d'année.

NUMÉRO 3 : I SAW THE DEVIL de JEE-WOON KIM


Film controversé mais que je considère comme un chef-d'œuvre absolu comme je l'explique dans ma critique ici : http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/11/i-saw-devil-de-kim-jee-woon-2010.html

NUMÉRO 4 : MOTHER'S DAY de DARREN LYNN BOUSMAN


Il s'agit pour ma part de la plus grosse surprise de l'année, le réalisateur de SAW, Darren Lynn Bousman, fait taire tous ses détracteurs en réalisant un film incisif et hargneux, remake du film culte du même nom mais en adoptant un ton nettement plus réaliste et violent, porté de plus par la sublime REBECCA DE MORNAY, indiscutablement impériale dans MOTHER'S DAY! Critique sur le blog en fin de semaine prochaine!

NUMÉRO 5 : RARE EXPORT de PEETER JAKOBI



Beaucoup l'ont mis dans leur TOP 10 de l'année 2010, mais je ne l'ai vu qu'en 2011, ce film n'étant de plus sorti chez nous que cette année je me permets de le mettre. Un film surprenant de bout en bout qui traite d'un sujet casse-gueule et réussit malgré tout à nous captiver! L'originalité absolue!

NUMERO 6 : BLACK DEATH de CHRISTOPHER SMITH


Le dernier film de Christopher Smith est Sortie directement en Blu ray sans passer par la case cinéma chez nous, et c'est une honte tant le talentueux réalisateur de SEVERANCE réussit à installer une ambiance extraordinaire dans BLACK DEATH, traite du sujet de la passion religieuse avec intelligence et s'offre un casting de gueules cassées à tomber! Une bombe je vous dis! Critique sur le blog début 2012.

NUMERO 7 : SUCKER PUNCH de ZACK SNYDER


J'ai déjà défendu le film de Snyder maintes fois, tout le monde sait que je suis tombé éperdument amoureux de sa vision des choses au travers des yeux de BABYDOLL. Ma critique pour ceux qui ont raté mes interventions pour défendre ce SUCKER PUNCH ici  : http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/08/sucker-punch-de-zack-snyder-ultimate.html

NUMERO 8 : BLACK SWAN de DARREN ARONOVSKY


Difficile pour moi de parler de ce film, tant il m'a dérangé et inconforté! Le film a suffisamment été encensé pour que je n'ai à justifier mon choix, même si je ne le reverrai probablement pas avant longtemps car j'ai été étourdi par le film de Darren Aronovsky, comme souvent avec ses métrages...

NUMERO 9 : KIDNAPPED de MIGUEL ANGEL VIVAS


Un film de nouveau qui a créé la polémique, qui choisit le réalisme à l'état pur et traite son sujet sans concessions. Compréhensible que de nombreux spectateurs rejettent KIDNAPPED! Je reviendrai en long et en large sur le film de Miguel Angel Vivas dans ma prochaine critique.

NUMERO 10 : X-MEN FIRST CLASS de MATTHEW VAUGHN


J'ai longuement hésité à mettre FIRST CLASS dans mon classement, mais il est incontestable que comparé aux autres films de super-héros de l'année le film de Matthew Vaughn s'avère intelligent, novateur et exaltant. De loin le meilleur film sur le sujet de 2011 donc, et un espoir que dans le futur le genre saura s'en inspirer! Ma critique ici : http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/10/x-men-first-class-de-matthew-vaughn.html


Voila, mon classement ne conviendra certainement pas à tous mais c'est le mien, une représentation de ce qui m'a fait vibrer en salle cette année. Évidemment, je regrette de ne pas avoir pu voir certains films qui auraient certainement figurés dans ce TOP 10 mais c'est comme ça, et cela veut surtout dire que j'ai encore plein de bon films à voir... en attendant les nouveautés de 2012!!!

Luke Iron Mars

jeudi 15 décembre 2011

DOCTOR WHO INTÉGRALE SAISON 5 (EXCLUSIVITÉ FNAC, 2011)


DOCTOR WHO INTÉGRALE SAISON 5 (EXCLUSIVITÉ FNAC, 2011)

(Ce coffret Blu ray vendu aux alentours de 30 euros est une exclusivité des boutiques FNAC en France et comporte malgré tout l'intégralité des bonus des éditions anglaises et américaines intégralement sous-titrées. Sa disponibilité est extrêmement limitée dans le temps et en termes de quantité. Je vous conseille ardemment d'en tenir compte si vous souhaitez l'acquérir : ne traînez pas, il n'y en aura pas pour tout le monde!)

Le Docteur est de retour et cette fois, juste après s'être régénéré pour la onzième fois, il va faire la rencontre d'une petite fille rousse d'origine écossaise, Amelia Pond, terriblement effrayée par une fissure récemment apparue de manière impromptue sur le mur de sa chambre dont émanent des voix étranges et qui a justement prié pour que quelqu'un vienne à son aide afin de résoudre le problème.

Ça tombe plutôt bien, car c'est dans son jardin que le docteur et son célèbre Tardis (une machine à voyager dans l'espace et le temps ayant l'apparence d'une cabine téléphonique de Police Anglaise bleue) ont décidé de faire escale, ou plutôt de se crasher, et celui-ci encore en pleine redécouverte de son nouveau corps suite à sa récente régénération, va découvrir que cette fissure est en fait une faille dans l'espace et le temps... Une faille dont il est peut-être responsable...

La jeune Amelia, dit Amy, maintenant devenue adulte va voir son destin prendre une tournure qu'elle n'aurait jamais pu imaginer : embarquer à bord de la machine à voyager dans le temps du Time Lord et vivre des aventures plus extraordinaires les unes que les autres!


Petit retour dans le temps, approprié étant donné le sujet. DOCTOR WHO est né en Angleterre sur BBC en 1963, puis s'arrêtera pour un temps par manque d'audience en 1989 et avec une promesse par ses producteurs d'un retour prochain.

C'est seulement en 2005 qu'une nouvelle série -suite directe de la précédente-verra le jour et relancera la franchise de façon inespérée. Pourquoi inespérée? Et bien simplement parce que les aventures du Docteur restent particulières à appréhender dans leur ton, du fait de ses origines british marquées, donnant lieu à des différences culturelles pas forcément compréhensibles par tous (à commencer par nous les Français) au rythme et à la mythologie peu orthodoxes et à l'aspect visuel souvent considéré comme étant kitsch, excentrique, farfelu et un peu trop flashy...Typiquement anglaise, quoi!

Quoi qu'on puisse en penser, DOCTOR WHO fait partie de ces séries où il faut s'investir un minimum, faire des efforts lorsqu'on la découvre afin d'en comprendre son fonctionnement propre et unique en son genre, un peu comme pour des séries à l'instar de BABYLON 5, FARSCAPE ou même pour citer l'exemple le plus célèbre STAR TREK qui s'appuient sur des univers/mondes codifiés et de prime abord extrêmement fermés et incompréhensibles par le néophyte de passage, particulièrement difficiles d'accès vus de loin.

Mais comme toutes les séries que je viens d'évoquer, une fois le laborieux cap didactique passé, le plaisir, que dis-je, l'extase, viennent nous saisir et nous donne les clés d'univers complexes à découvrir nous permettant de vivre des aventures extraordinaires et totalement originales.

DOCTOR WHO fait indubitablement partie de cette catégorie d'exception, et mérite très largement l'investissement "culturel" étant donné son statut à part, qui ne ressemble à aucunes autres séries, au ton et à l'ambiance bien à elle et dépaysants.

C'est ce que nous, férus d'histoires et d'imaginaire recherchons, non?


En 2005 BBC relance donc la saga, aujourd'hui devenue une véritable fierté nationale et une institution incontournable de l'Histoire de l'audiovisuel british, par le biais d'une nouvelle saison mettant en vedette Christopher Eccleston, visage officiel du neuvième Docteur, sous la production et l'écriture novatrice et inspirée de Russel T Davies.

Je vois d'ici les profanes tiquer à l'évocation du neuvième docteur, de son numéro affilié, et cela mérite une explication. Voyez-vous, si de nombreux acteurs différents ont incarné le célèbre Docteur depuis 1963, leur changement est en revanche parfaitement intégré au concept même du personnage, puisque ce dernier lorsqu'il change de visage se régénère et change d'apparence mais reste bel et bien le même personnage personnifié par des interprètes différents mais toujours dans la continuité narrative des précédents.

Cette idée de génie est tout simplement révolutionnaire et justifie donc les départs et les remplacements des précédents acteurs sans interférer sur la crédibilité du personnage. Mieux, les précédents Docteur ne sont de ce fait jamais oubliés car ils font partie des multiples visages que notre maître du temps a arboré, que ce soit le temps d'une saison, d'un téléfilm ou autres, peu importe, ils resteront à jamais intégrés à l'histoire comme étant le docteur numéro un, deux ou cinq !

Revenons à nos moutons, et à cette saison cinq qui marque de profonds changements dans la saga du Time lord, à commencer par le départ de celui qui à justement relancé la série, le scénariste Russel T.Davis qui passe la main après plus de cinq ans de bons et loyaux services à son collaborateur le plus apprécié des fans, Steven Moffat, co-scénariste d'épisodes marquants de la saison 3 et 4, primé d'ailleurs pour cela.


Moffat en plus de reprendre les rênes de chef-scénariste devient producteur exécutif de DOCTOR WHO et amorce une nouvelle ère ouvrant la série à une nouvelle audience jusqu'alors un peu exclue comme expliqué plus haut, en rendant la série plus "internationale", plus accessible à ceux qui trouvaient les repères de cette dernière trop ancrés dans la culture anglaise, sans pour autant trahir ses origines bien entendu, en la modernisant considérablement, la série intégrant de nouveaux visages, étant quasiment refondue de pieds en tête pour un nouveau départ mais dans le respect de son héritage passé dense.

C'est le départ de David Tennant (dixième Docteur pendant 4 ans) remplacé depuis par Matt Smith (onzième visage officiel du Docteur) qui va amorcer ces changements. Nouveau Docteur et donc nouvelle compagne, nouveau side kick aussi et nouveau Tardis, une refonte visuelle quasi totale de l'ère Russel T.Davies permettant à ceux qui n'ont jamais suivi la série de la prendre en cours sans être perdus, même les célèbres Arch-ennemies du Time lord, les fameux Daleks, changent de look et se modernisent dans leur apparence, perdant un peu leur aspect jusque-là considéré comme (trop) rétro par les profanes, de nouvelles bases narratives étant de plus mises en place afin de faciliter cette transition dans l'histoire de la saga télévisuelle.

Bref, les changements offrent à l'univers du Docteur un look plus moderne et approprié à notre époque, moins "vieillot" dans son aspect que les précédentes saisons qui jusque-là tenaient trop compte de son lourd héritage passé, s'offrent des atours plus appropriés aujourd'hui pour séduire le reste du monde, surtout le public américain clairement visé par la production depuis 2009 (et encore plus dans la saison suivante!), et s'offre même des SFX impressionnants bien plus soignés, comme un lifting intégral sans jamais perdre l'esprit original et particulier cher aux fans du Time Lord.


L'enfance, comme souvent avec Moffat, est l'élément central de cette saison, à commencer par celle d'Amy Pond puisque elle n'est encore qu'une enfant lorsque le Docteur fait sa connaissance de façon loufoque et amusante.

Celui-ci, tout juste régénéré, déboule dans son jardin à bord de son fameux Tardis de manière impromptue nous donnant à nous téléspectateurs l'occasion de faire la connaissance avec ce onzième Docteur au look de professeur dandy anglais d'archéologie, extrêmement énergique et beaucoup plus démonstratif émotionnellement, plus enjôleur également, se rapprochant conceptuellement parlant plus du modèle du grand-frère protecteur comparé à ses incarnations passées, encore plus bavard que d'habitude, affichant un impressionnant débit d'élocution.

Le premier épisode assied immédiatement Matt Smith (alors âgé de 26 ans) en tant que digne successeur de Tennant et des précédentes incarnations du Docteur, l'acteur affichant un naturel déconcertant pour se glisser dans la peau du dernier des maîtres du temps, l'interprétant avec beaucoup d'aisance et de fraîcheur (même si de son propre aveux il lui aura fallu quelques épisodes pour lui imprimer son propre style), se démarquant singulièrement par un tempérament plus exalté encore que ne l'était le dixième Docteur, plus turbulent et agité aussi, comme un enfant coincé dans le corps d'un adulte, une logique une fois de plus liée au concept même du personnage, ce dernier rajeunissant de régénération en régénération, détail amusant puisque parfaitement adapté au jeunisme habituel appliqué aux vieilles séries mais ici intégré une fois de plus au concept même du mythe.


Un nouvel arc scénaristique est mis en place, qui va servir de fil rouge tout au long des treize épisodes que comporte cette saison, et même commencer à introduire la suivante, impliquant une faille dans le temps dont serait responsable le Docteur du fait de ses allées et venues temporelles, responsables de nombreux dysfonctionnements dans le temps, d'altérations occasionnant bien des soucis à notre Time lord.

C'est d'ailleurs ce problème qui va lui permettre de faire la connaissance d'Amy Pond (remarquablement interprétée avec beaucoup de fraîcheur par la séduisante Karen Gillan), celle qui va devenir la nouvelle compagne du Time lord, qui va l'accompagner dans ses nouvelles aventures à travers l'espace et le temps, une jeune femme qui est sur le point de se marier à Rory Williams, un grand dadais un peu maladroit mais extrêmement amoureux d'elle qui va bien malgré lui être également embarqué dans les péripéties extravagantes du Docteur.

Durant cette saison cinq, Le Docteur va être confronté au fil des épisodes aux conséquences de cette faille , être amené à voyager dans le temps et sur d'autres planètes lui donnant l'occasion notamment de rencontrer, entre autre, le célèbre peintre Van Gogh confronté à une créature qu'il est le seul à percevoir (et responsable de la folie que l'histoire lui incombe!), de retrouver son ami  Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale le temps d'un épisode impliquant les machiavéliques Daleks, le verra de nouveau être confronté aux côtés de la fabuleuse River Song, aux terrifiants Whipping Angels (de dangereuses statues qui exploitent le principe de 1, 2, 3 soleil à des fins mortelles!), devra stopper des vampires dans la somptueuse Venise de 1530, tentera d'empêcher l'invasion de créatures intra-terrestres bien décidées à reprendre le contrôle de la surface de la terre, et jouera les colocataires atypiques afin d'enquêter sur des disparitions étranges dans une résidence...


Une saison extrêmement riche et fabuleusement inventive qui met encore plus en avant l'humanisme légendaire du Docteur toujours aussi utopiquement pacifiste, sorte de négociateur respecté dans la galaxie et le temps en somme, parfois obligé de faire des compromis mais préférant mettre sa propre vie en jeu plutôt que celle des autres, souvent confronté à des situations ou le Commun des Morte abandonnerait alors que lui non, il résiste vaille que vaille et préfère privilégier le bon côté des choses et maintenir l'espoir jusqu'au bout!

Rappelons que DOCTOR WHO est une série à la base destinée aux enfants, que ces derniers sont dans cette cinquième saison l'élément central narratif, donnant l'opportunité à Steven Moffat d'exploiter des thématiques liées à leurs émotions, de développer des concepts affiliés à l'enfance comme l'idée d'un ami imaginaire (Amy pond alors enfant est confortée par ses thérapeutes dans l'idée que le Docteur en est un!) , de parler de leur place au sein de la cellule familiale et même dans notre société, de savoir les écouter, de tenir compte et d'être respectueux envers leurs idées, leur approche des choses, souvent beaucoup moins conventionnelle et plus lumineuse que celle des adultes, le Docteur leur accordant la plus haute importance, les impliquant dans la résolution des problèmes rencontrés et les traitant comme son égal.


Mais ce sont les deux derniers épisodes "THE PANDORICA OPEN PART 1 ET 2" qui vont enfoncer le clou d'une saison passionnante et exaltante, conclusion qui fait intervenir dans son ouverture tous les personnages majeurs de la saison, de Van Gogh à Winston Churchill en  passant par la reine régnant sur la Grande-Bretagne au 29ème siècle elle-même et qui voit pour notre plus grand plaisir le retour de River Song (interprétée par l'irrésistible Alex Kingston), devenue à présent indissociable du futur du Docteur et de la série, et même celui de Rory que l'on croyait pourtant bel et bien disparu dans des circonstances dramatiques que je ne dévoilerai pas ici!

Nos héros vont découvrir via des signes éparpillés au fil du temps que le site de Stonehenge abrite une étrange boîte gigantesque, la Pandorica, visiblement centre de toutes les attentions et qui attire les convoitises de toute la galaxie, surtout celles des envahisseurs que notre cher Docteur a affronté et vaincus maintes fois de par le passé , que ce soit les Daleks, les Cybermens, les Sontariens ou encore les Atraxis, tous en orbite autour de la terre prêts à faire main basse sur le contenu mystérieux qu'elle renferme.

Les dernières minutes de cette première partie donne alors lieu à des séquences mémorables instantanément cultes au suspense haletant, le Docteur se retrouvant alors face à la quasi intégralité de ses ennemis jurés et défendant malgré tout la Pandorica pensant naïvement qu'elle renferme une arme absolue, un guerrier ultime... Mais la réalité est toute autre et avant qu'il ne le réalise il va se retrouver pris au piège d'un complot intergalagtique visant à le mettre définitivement hors d'état de nuire, le tout culminant dans un Cliffhanger mémorable ou l'intégralité de ses amis se retrouvent de plus mis à mal!


Malheureusement la deuxième partie s'avère un peu décevante, les paradoxes temporels la rendant trop hasardeuse, malgré un rythme extrêmement soutenu et des mises en situations inventives mais totalement improbables (en tenant compte de la logique et des règles de l'univers propre à la saga), les solutions de facilités scénaristiques s'enchaînant à l'écran et donnant lieu à des retournements de situation bien pratiques pour sortir nos héros de leur fatalité mais complétement incohérents, même si le final s'avère particulièrement émouvant, touchant et libérateur, concluant joliment la thématique de l'ami imaginaire initié dans le premier épisode et donne dans le divertissement aux péripéties purement jouissives.

Une fin de saison mi-figue mi-raisin qui tente tant bien que mal de rivaliser avec celles des précédentes mais n'arrive jamais à être à la hauteur de ses promesses en termes d'enjeux dramatiques et de cohérence narrative, probablement car Moffat reste trop dans le sillage de T.Davis en voulant donner à tout prix dans le spectaculaire et les coups de théâtre alors que les éléments émotionnels qu'il installe, eux, fonctionnent parfaitement et touchent pourtant bien au cœur jusqu'au bout.

Nul doute quand s'affranchissant complétement de son prédécesseur, il trouvera sa propre identité, ou plutôt s'affirmera complétement, et qu'il montrera qu'il est un scénariste de génie qui privilégie les valeurs du Docteur, le cœur, les émotions humaines, sans trahir l'héritage aventuresque de la saga.

Il faudra attendre la sixième saison pour s'en convaincre définitivement, saison qui débute d'ailleurs par un sacré choc :  l'exécution du célèbre Time lord!

Mais ça c'est une autre histoire...


NOTE GLOBALE : 17/20

DÉDICACE AMOUREUSE À MA SANDRINE, LA TIME LORD DE MON CŒUR ET À DELPHINE BATIER QUI COMME LE DOCTEUR VIT SES RÊVES QUELLES QUE SOIENT LES DIFFICULTÉS ET L'ADVERSITÉ, AINSI QU'À PHILIPPE ASTRUC TOUJOURS ET ENCORE LE REGARD TOURNÉ VERS LES ÉTOILES ET À OLIVIER LE DOCTEUR AVEC MES AMITIÉS
Visuel contractuel de l'édition Blu ray Française officielle exclusive FNAC
 
Luke Iron Mars

mercredi 7 décembre 2011

SUPER de JAMES GUNN (2010)


SUPER de JAMES GUNN (2010)

Un soir, alors qu'il rentre de son travail médiocre, Franck Darbo (Rainn Wilson), un type moyen vivant une vie moyenne sans surprise, va découvrir que sa femme Sarah (Liv Tyler) a fait ses valises et a définitivement quittée le foyer sans prévenir.

Cette dernière, ancienne toxicomane, est tombée dans les bras de Jacques (Kevin Bacon), un gérant de boîtes de strip-tease, dealer notoire au physique avenant et au discours charmeur, à la tête d'une bande de criminel tout aussi dangereux que lui.

Malgré ses interventions Sarah, bel et bien retombée dans la toxicomanie, refuse instamment de revenir vivre aux côtés de Franck, qui se retrouve désespéré au point de demander l'aide de la police qui reste sourde à ses problèmes considérés et à juste titre comme conjuguaux.

C'est en voyant une émission religieuse chrétienne mettant en scène le super-héros du Vengeur Saint (Nathan Fillion) qui va changer les choses et qui va le décider à enfiler lui-même un costume pour devenir l'Éclair Cramoisi, afin de combattre le crime, armé d'une clé à molette et bien entendu dans le but de récupérer sa femme!


Pour commencer, je me dois d'expédier d'entrée de jeu les comparaisons faites hâtivement avec KICK ASS de Matthew Vaughn, car si le postulat de départ est effectivement identique (un homme tout ce qu'il y a de plus commun va se costumer et devenir un super-héros afin de combattre le crime), le traitement de l'histoire lui diffère en tout point avec le film de James Gunn (ancien scénariste et réalisateur pour la firme TROMA).

De ce fait, il me semble improbable de classer SUPER dans la catégorie des films de super-héros, tant celui-ci n'entretient que très peu de rapports avec le genre et la mythologie habituelle liée au sujet, le concept étant ici plus proche d'un Vigilante pur et dur, un homme se faisant justice lui-même selon ses convictions propres, la réalité sociale contemporaine étant ici de plus bien plus ancrée dans la narration que dans les fictions mettant en scène des héros en costume.

C'est justement par ce biais que débute le film de James Gunn qui imprime dès ses premières minutes un rythme narratif particulièrement soutenu pour décrire le quotidien et la psyché de Franck Darbo, un gars quelconque au physique un peu ingrat, modeste cuisinier dans un resto bas de gamme et qui n'a rien mais alors rien d'exceptionnel, franchement un peu looser sur les bords, limite la représentation du beauf absolu sans ambitions aucunes mais parfaitement lucide sur sa condition et qui reste à sa place aussi morose soit-elle se contentant de peu, comme ils en existent tant dans notre société d'aujourd'hui.


Ce pauvre hère est marié à Sarah, une ancienne toxico un peu trop sexy pour lui si l'on considère les critères énumérés plus haut, serveuse qu'il a rencontré sur son lieu de travail, une femme émotionnellement instable du fait de son passé, qui a passé la bague au doigt de Franck un peu hâtivement et qui a replongé récemment dans la dope par l'entremise de Jacques, un dangereux dealer au physique et au bagou charmant.

L'élément déclencheur va donc être le départ volontaire de Sarah que Franck idéalise d'ailleurs un peu trop, ce dernier pensant qu'elle est manipulée (ce qui n'est pas faux si l'on considère que la drogue altère le jugement de la jeune femme), qui va mener à une instabilité mentale poussant notre quidam à chercher à  récupérer sa femme, à vouloir rendre justice par lui-même pensant de plus être guidé par la main de Dieu (au sens quasi littérale et ce dans une séquence aussi gore qu'hallucinante impliquant une lobotomie surréaliste!), une tranche de vie qui ressemble à un petit fait divers commun, qui est la base de drames familiers contemporains que l'on peu lire en entrefilets dans le journal du matin, ni plus ni moins, et qui mènera à une suite de situations abracadabrantes de plus en plus déjantées.


Si le début du film nous fait gentiment sourire, du fait de la naïveté que l'on incombe un peu trop vite à Franck, de ses réactions et solutions ridicules face aux problèmes auxquels il est confronté, le ton change subitement en cour de narration et plonge vers un aspect plus inquiétant, l'atmosphère devenant alors perturbante et même malsaine, la folie censée être douce et amusante du départ se transformant et côtoyant de plus en plus la schizophrénie et la folie mentale aliénée nous entraînant de ce fait dans une ambiance franchement dérangeante.

À partir de ce moment, on ne sait plus trop s'il faut rire ou pas, la logique de Franck devenant de plus en plus dangereuse dans son approche de la justice, menant d'abord à des actions irréfléchies et désespérées mais sans conséquences graves, puis glissant peu à peu vers des actes inconscients dans une escalade de la violence de plus en plus dramatique, insensée et irresponsable pour quelqu'un sain d'esprit.

Si au départ Franck (affublé d'un costume rouge ridicule, se faisant appeler "L'Éclair Cramoisie" et avec pour seul arme une clé à molette en main!) se sert de cette nouvelle confiance retrouvée pour rendre timidement justice à sa manière (en se jetant par exemple de façon maladroite et désordonnée sur un petit vendeur de hash) il va peu à peu se laisser griser par cette sensation libératrice de toutes ses frustrations et se laisser entraîner dans une violence totalement disproportionnée aux crimes qu'il punit, provoquant via une séquence d'une brutalité ahurissante la remise en cause de son nouveau statut autoproclamé.


Le script semble alors remettre les pendules à l'heure, nous laissant penser que Franck, réalisant que tout cela va beaucoup trop loin, raccroche les gants et retrouve la raison mais soudainement et de nouveau du fait de son interprétation un peu illuminée de la vie, celui-ci va, via un signe qu'il pense de nouveau envoyé par Dieu, se relancer dans cette quête déraisonnable avec cette fois dans l'idée de ramener sa femme, pourtant volontairement partie pour vivre aux côtés de son fournisseur de drogue dure, de la sortir des mains de Jacques et de sa bande de criminels chevronnés adeptes du meurtre et de la brutalité.

Il va être conforté dans sa vision par l'intervention de Libby, une jeune fille de 22 ans fascinée par les actions de l'Éclair Cramoisi, encore plus exaltée que lui par ce recours à la justice personnelle, une gamine franchement frappadingue et un peu immature encore plus paumée que Franck, malgré le fait qu'elle ait une vie sociale somme toute normal (un travail de vendeuse dans une boutique de comics, des amis, des aventures amoureuses etc etc...), cette dernière excessivement admirative s'avère encore moins raisonnable et totalement survoltée de par l'idée saugrenue d'enfiler un costume bariolé et d'arpenter les rues pour chasser le crime, et finira même rapidement par se retrouver attirée sexuellement par ce héros maladroit devenu pour elle un exemple à suivre.

Difficile, lorsqu'on s'intéresse un peu aux super-héros et aux amalgames et autres dérives qui peuvent en découler, de ne pas être inquiet pour cette jeune fille naïve et excentrique au tempérament explosif qui recherche simplement les sensations fortes, ayant visiblement un peu de mal à faire la différence entre fiction et réalité, confrontée de plus à un modèle pas franchement fiable psychologiquement parlant, et qui finira par faire les frais de tous les actes irresponsables de ce dernier.


Dans sa dernière partie SUPER explose alors toute les limites du convenable concernant le sujet qu'il aborde et devient extrêmement démonstratif, d'une brutalité inouïe, qui plus est très réaliste dans son approche, de plus en plus dérangeant et perturbant, nous laissant bouche bée face aux événements forcément tragiques auxquels tout cela nous mène notamment en ce qui concerne l'un des protagonistes, la mort bien réelle faisant alors place à la magie habituelle, même si la fin censée justifier ce déferlement de violence ne m'a pas totalement convaincu car moins crédible compte tenu de l'aspect extrêmement réaliste du reste du métrage.

Niveau interprétation SUPER aligne un casting de luxe proprement impressionnant, avec dans le rôle de ce grand dadais de Franck l'imposant Rainn Wilson, tour à tour touchant, inquiétant et même effrayant, Kevin Bacon toujours aussi sympathiquement désagréable en petite frappe en costard, Nathan Fillion qui endosse le costume du Vengeur Saint provoquant à chacune de ses interventions l'hilarité totale mais surtout Ellen Page, décidément surprenante dans le choix de ses rôles, qui ici se lâche complétement dans celui de la sulfureuse Libby, explosant les limites du cadre de l'écran comme à son habitude et prouvant une fois de plus qu'elle est la plus douée des actrices de sa génération.

Pour finir SUPER ne conviendra qu'à un public averti, prêt à accepter et supporter d'être balloter d'un état extrême à l'autre constamment, de se retrouver face à un spectacle atypique complétement original dans son approche mais aussi et surtout jusqu'au-boutiste dans son sujet et sa folie pure, renvoyant à des références du cinéma Trash comme les films de Frank Henenlooter et évidemment la firme Troma et son célèbre Toxic Avenger, donnant au résultat un film hautement transgressif et irrévérencieux qui vous bousculera et ne pourra vous laissez indifférents!


NOTE GLOBALE : 15/20

DÉDICACE AFFECTUEUSE À CAROLINE "STRESS GIRL"MASSON ET BIEN SÛR BRUNO DUSSART DONT VOICI LA CRITIQUE EXEMPLAIRE DE "SUPER" : 
http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/super.html

Luke Iron Mars

mardi 6 décembre 2011

STRAW DOG'S/LES CHIENS DE PAILLE de ROD LURIE (2011)



STRAW DOG'S/LES CHIENS DE PAILLE de ROD LURIE (2011)

David Sumner (James Marsden), scénariste pour la télé et le cinéma, et sa femme Amy (Kate Bosworth) sont en route pour Blackwater, une petite ville du sud du Mississippi dont elle est justement originaire, afin d'emménager dans la résidence familiale suite au décès récent du père de cette dernière.

À peine arrivé, David va faire la rencontre des résidents de la petite bourgade notamment celle de Charlie (Alexander Skarsgard), l'ancien petit ami d'Amy visiblement toujours sous le charme de la jeune femme devenue aujourd'hui une actrice à succès, un symbole de réussite de la région.

David, plutôt habitué à la vie citadine, va rapidement avoir du mal à accepter les manières de vivre quelques peu familières de la population locale, et remettre en question involontairement les mœurs et les valeurs de ces autochtones au comportement éloigné de son tempérament, étant plutôt lui même un partisan du calme et de la réflexion, favorisant les discussions plutôt que les actes physiques.

En guise de geste sympathique, il va engager et confier à Charlie la tâche de réparer la toiture de la maison familiale où ils se sont installés mais va très vite commencer par soulever des tensions au début sans réelles importance mais qui vont vite finir par dégénérer...


Difficile de porter la lourde étiquette de "Remake" de nos jours, encore plus lorsque le film dont il est la relecture est un chef-d'œuvre immense, comme c'est le cas ici pour STRAW DOG'S originellement réalisé par l'un des plus grands réalisateurs de tous les temps, Sam" THE WILD BUNCH" Peckinpah qui livrait un de ses films les plus difficiles et dérangeants à regarder en son temps (et encore aujourd'hui pour ma part) et alors interprété par un casting cinq étoiles incluant en tête d'affiche le légendaire Dustin Hoffman.

On se pose immanquablement la fameuse question : pourquoi refaire de nouvelles versions de chef-d'œuvres qui encore aujourd'hui restent immuables? Et bien probablement pour la génération actuelle, bien souvent hermétique aux films affichant l'âge de leurs parents, peut-être aussi parce que les scénaristes d'aujourd'hui sont en manque total d'inspiration, ou encore pour grapiller quelques dollars supplémentaires en s'appuyant sur un titre populaire... Peu importe, on ne va pas polémiquer sur les raisons d'être ou pas d'un remake, ils sont là, point barre,et il faut faire avec!

En tenant compte de ce facteur, je vais donc me baser pour rédiger cette critique sur l'intérêt que j'ai ressenti durant la projection, et non sur un simulacre de comparaison avec son modèle, même si parfois c'est évidemment inévitable, car à ce jeu autant en rester là, la version de Peckinpah étant et restant indubitablement indétrônable!

Les choses étant bien établies, je suis donc parti du principe de juger la version de Rod Lurie en tant que métrage indépendant à part entière, et de ce point de vue, STRAW DOG'S 2011 est un remake réussi qui fonctionne à plein tube.


Dès les premières séquences, nous montrant David et Amy arrivant à Blackwater et s'arrêtant le temps d'un verre au bar local, le climat de malaise s'installe, les non-dits et les jugements hâtifs vis-à-vis des uns des autres des protagonistes favorisant un début de tension tangible, qui s'alourdit lentement au fil des scènes d'expositions et ce via des dialogues d'apparences innocents mais lourd de sens, par le biais de mots bien pesés, de gestes qui finissent petit à petit par être moins délicats puis carrément déplacés, et surtout interprétés et jugés différemment selon le point de vue et le caractère des personnages impliqués.

Avant même que le couple s'installe dans la résidence familiale où Amy a vécu toute son enfance, de nombreux éléments sont donc déjà intelligemment installés, et vont naturellement prendre de l'ampleur graduellement, une phrase après l'autre, de provocation en provocation, pour amener à une atmosphère malsaine sans cesse grandissante, de plus en plus intense, menant à une dense oppression prête à tout moment à exploser sans crier gare.

C'est cet état nauséeux suspendu qui va nous mettre, nous spectateurs, dans une position extrêmement désagréable et inconfortable, un peu comme lorsque vous vous retrouvez au milieu d'une rixe entre deux personnes sans pouvoir agir, simplement en position de témoin forcé, réalisant et voyant que les choses s'enveniment lentement mais sûrement, sans que vous ne pussiez rien n'y faire.


Ce jeu de cohabitation ardu dû notamment au choc des cultures va durer un long moment à l'écran, avec de part et d'autre des marquages de territoires et autres non-respect de l'espace vital de plus en plus affirmé, une fois de plus vu différemment selon que l'on adopte la position de David, intellectuel qui favorise la réflexion plutôt que les actes physiques, ou selon celle de Charlie, un total redneck, mâle alpha mené par sa testostérone et ses impulsions, avec au milieu comme vecteur détonateur conflictuel la belle Amy.

C'est là où réside tout l'intérêt des enjeux dramatiques, par l'entremise d'Amy, servant d'articulation entre ces deux mondes diamétralement opposés, mais qui coexistent pourtant de manière chaotique en son fort intérieur, étant elle-même tiraillée entre l'amour et la haine de ces deux aspects des choses et prise à parti malgré elle du fait de cette position délicate, devenant un enjeu physique que les deux protagonistes masculins principaux tentent de convertir à leur point de vue, de posséder que ce soit au niveau charnel ou mental.

Concernant cela, je préfère vous prévenir, tous les passages impliquant des femmes risquent fortement de choquer certains d'entre vous, les faits les mettant systématiquement dans une sorte de rôle provocateur, initiatrices des source de tension, montrées quasiment comme étant à demi responsables des actes qu'elles subissent et des réactions violentes et dramatiques qu'elles génèrent. Difficile à dire si le réalisateur le fait de façon volontaire ou pas, comble du comble forcément intéressant dans un film qui traite justement, entre autre, de la perception des choses selon les différents point de vue que l'on adopte!


C'est un élément extérieur imprévu qui va mettre le feu au poudre de toutes ces animosités malsaines, qui comme souvent dans ce genre de situation va mener à un véritable déferlement de violence désordonné où chacun va régler ses comptes de manière brutale et vindicative, par le sang et la violence primaire mais appliquée de façons différentes une fois de plus selon les points de vue, nous montrant que parfois les natures semblant être les plus faibles se révèlent véritablement en situation de crise extrême, deviennent eux-mêmes des prédateurs implacables et méthodiques s'ils y sont forcés.

Dans ses grandes lignes, STRAW DOG'S sauce 2011 s'en tire largement avec les honneurs et respecte religieusement l'exercice de style de la matière première, du roman initialement adapté par Peckinpah, avec peut-être certes une mise en forme nettement plus (trop?) commune mais diablement efficace, particulièrement bien menée en ce qui concerne les personnages et les dégradations des rapports humains, le tout intensifié avec brio au niveau du montage sonore qui participe beaucoup à nous mettre dans cet état de stress communicatif intense.

STRAW DOGS est donc pour moi un film qui ne cherche jamais à tomber dans la surenchère ni à supplanter ni égaler son modèle, bien au contraire, mais justement en tient compte avec respect, et tire son épingle du jeu en restant toujours légèrement en décalage avec le film de Peckinpah dans sa forme, sans jamais chercher à le singer tout en reprenant les passages obligés nécessaires à la narration mais à sa manière, avec rigueur, même si certains y verront un traitement plus lissé du roman d'origine.


Dans son principe et grâce à cela, STRAW DOGS fonctionne à la perfection de bout en bout et prend tout son temps, installe consciencieusement les éléments très lentement, preuve supplémentaire que livrer un film tape-à-l'œil et expéditif n'est pas au cahier des charges de Rod Lurie, donnant de ce fait la possibilité à un acteur comme James Marsden, d'habitude assez fadasse à l'écran, l'occasion de dévoiler un jeu étonnamment riche tout en retenue, ainsi que pour Kate Bosworth, plantureuse actrice plutôt habituée aux productions plus légères, ici incroyablement enivrante et inquiétante dans le rôle d'Amy, femme transformée en objet de toutes les convoitises.

Mais c'est l'acteur Alexander Skarsgard qui explose toutes les limites, livrant un jeu époustouflant et exceptionnel, particulièrement subtil malgré l'aspect brut de son personnage, captivant l'attention et s'appropriant l'écran avec beaucoup de talent, donnant de plus la réplique au grand, l'immense James Wood, ici dans le rôle d'un ex coach irascible, teigneux, alcoolique et violent qui glace le sang, et qui comme à son habitude avale l'écran à chacune de ses apparitions.

Était t-il nécessaire de faire un remake du film de Peckinpah? Probablement non. Est-ce que cette version est un bon film? Sans aucun doute oui, la véracité des interprétations rendant l'histoire intense d'un point de vue dramatique, en tout cas pour moi.
L'état poisseux dans lequel j'étais après avoir vu STRAW DOGS 2011 étant la preuve irréfutable qui démontre que le film m'a irrémédiablement captivé et imprégné!


NOTE GLOBALE : 15/20

DÉDICACE À BRUNO DUSSART DONT VOICI LA CRITIQUE QUI M'A POUSSÉE À REGARDER CETTE VERSION : http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/les-chiens-de-paille-2011-straw-dogs.html

Luke Iron Mars